vendredi 30 décembre 2011

le Disco : un mouvement d'importance ou une mode passagère ?



Enfilez vos pantalons pattes d'eph', vos Ray-Ban et vos paires de Nike Night Track 1978 parce que le Disco is stayin' alive. 

Ce genre musical apparu aux cours des années 1970 et qui se développa jusque dans les années 1980 se caractérise par un mélange de musique soul, funk et pop complété d'une instrumentation contemporaine avec le synthétiseur et d'une orchestration d'instruments à cordes et de cuivres.
Du point de vue instrumental le Disco se spécifie par une rythmique mise très en avant et constituée d'une batterie ; quelque fois électronique ; insistant sur un rythme dit Four on the Floor, c'est-à-dire que chaque temps du 4/4 est marqué par l'utilisation de la grosse caisse. De plus, l'utilisation des charleys pour ponctuer le contre-temps est fréquent.
Ensuite, les instruments à cordes tiennent une place relativement importante, il est à noter que la basse se joue d'une manière syncopée et que la guitare, exclusivement électrique, se rapproche d'un style funky par l'utilisation de pédales telles que les wah wah ou le phaser pour donner plus de "pêche" aux morceaux. 
Enfin, divers instruments comme le piano, les cuivres et les instruments à cordes (le violon mais aussi la harpe) assurent l'accompagnement bien que ces derniers voient progressivement leur utilisation diminuée parallèlement à la hausse de l'usage du synthétiseur, instrument par excellence des années 1970.
Néanmoins, le Disco n'est pas qu'un genre musical, il s'agit également d'une danse dont John Travolta alias Tony Manero en sera le principal représentant. Je vous laisse apprendre les pas avec lui.


Cette danse binaire s'effectue sur un tempo assez rapide (120 battements par minute) et se démocratise - tout comme la musique - en boites de nuit (vous aurez fait vous même le rapprochement, le mot Disco vient bien des discothèques, premier endroit où l'on pouvait profiter de cette musique.)
Ces discothèques commencent à diffuser le style Disco dès le début des années 1970 mais c'est au milieu de cette décennie que va se développer la mode grâce à de nombreux instigateurs basés essentiellement aux Etats-Unis.
Ce succès se développe à un rythme et une géographie extraordinaire, en effet, en quelques années le Disco rayonne à une échelle mondiale et permet à certains artistes européens de sortir du lot et de fournir leur pierre à l'édifice.
Néanmoins le succès fut de courte durée car les années 1980 marquèrent un essoufflement du style. D'aucuns diront que "Disco is dead" et les puristes de leur répondre "Disco never dies" affirmation que l'on peut prendre au pied de la lettre si l'on se réfère à l'héritage Disco des artistes actuels.
Il est donc important de se demander si le Disco fut considéré comme un mouvement musical d’importance ou si il ne fut rien de moins qu'une mode passagère. 
Un plan chronologique sera suivi pour analyser ce qu'est le Disco, en effet, si les années 1970 marquent la naissance d'un style de musique celles-ci sont également caractéristiques d'une "joyeuse exubérance" qui suffoque littéralement à l'entrée dans l'ère Reagan.



Le Disco né aux Etats-Unis au début des seventies se voit diffuser par le biais de la radio mais essentiellement dans un lieu symbolique de cette période, la discothèque.
Brooklyn, Bronx et Harlem deviennent rapidement les quartiers où les Disc-Jockeys jouent un rôle de plus en plus important dans la confection d'un nouveau style musical. Ces derniers sélectionnent des morceaux de funk ou de soul qu'ils remixent ensuite en studio dans le but de faire ressortir la batterie et la basse des morceaux pour mieux rythmer la danse. Ce phénomène de remix porte le nom de disco mix et permet ainsi aux DJ d’expérimenter une nouvelle musique. Le remix tente dès lors de trouver le bon tempo par quatre principaux moyens. Le DJ cherche tout d'abord à plaquer une phrase de guitare qui capte l'oreille et ainsi l'attention du public qui peut alors fredonner aisément le morceau. Ensuite il va ajouter au morceau d'origine un rythme dansant en y incorporant une orchestration de cordes ou bien en complétant avec une voix. Puis il allonge la durée du morceau et enfin cloue le rythme sur le temps 4/4 pour faciliter la danse (ce dernier aspect a pour motif de rendre le morceau cyclique et favoriser au public l'assimilation de la musique).
On peut donc dire que le Disco se veut volontiers héritier du funk et de la soul et résulte ainsi d'une stylisation du son de Philadelphie adaptée au marché Blanc.
De fait, les premiers acteurs du Disco sont bel et bien les DJ New-Yorkais. De plus les réalisateurs artistiques tels que Gamble et Huff (deux producteurs du Philly Sound)  adaptent la musique à un public élargi (les 3/4 du marché musical des Etats-Unis sont composés de Blancs).
Le disco mix est un aspect du développement du genre musical mais c'est dès 1972 qu’apparaît ce que l'on peut appeler le proto-disco.
Billy Paul est l'instigateur du style lorsqu'il reprend la chanson Your Song d'Elton John, bien que sensiblement soul on peut déceler les prémices du Disco.


Mais le véritable proto-disco naît du morceau Love's Theme du groupe que l'on qualifie de premier groupe Disco, Love Unlimited Orchestra. 



Vous pouvez voir sur la pochette de l'album qu'il y est écrit Barry White, en effet, le "maître de l'amour" chanteur soul d'origine reprendra ce morceau, signe que tout le monde s’intéresse à cette nouveauté musicale. C'est d'ailleurs à cette époque qu'apparaissent les grands artistes de Disco comme Gloria Gaynor pour ne citer qu'elle. 
Le personnage clé de l'apparition du Disco est sans nul doute Tom Moulton, ce jeune moustachu DJ et producteur créa la version allongée ainsi que la chanson mixée en continu, aspect de la musique qui entraîne les maisons de disque à concevoir le format "12' simple", révolution dans l'univers de l'écoute de musique. 



Si le travail des DJ sur le remix des morceaux soul et funk parallèlement à la naissance du proto-disco symbolisent la création du style, les années 1975 à 1979 marquent le jaillissement de ce genre musical. 
En effet, dès 1975 de nouvelles figures Disco voient le jours, c'est le cas pour Donna Summer et son tube Love To Love You Baby, KC and the Sunshine Band et leur That The Way (I Like it).
Gloria Gaynor quant à elle est couronnée reine des discothèques, titre honorifique sans valeur mais qui prouve à quel point le monde de la nuit, des discothèques et de l'excentricité prend une place de plus en plus importante au sein de la société.
Bien que le Disco fasse partie du paysage musical il ne parvient pas à se démarquer entièrement du R&B, ce phénomène se traduit notamment par l'émergence de la Motown sur le marché du "12' simple". Cette prise du marché par une maison de disque d'héritage soul et pop rend difficile pour le public la scission Disco-R&B. Dès lors les producteurs développent le Disco électronique pour permettre de différencier ce genre. Le tube qui incarne au mieux ce Disco électronique et surement I Feel Love de Donna Summer sorti en 1977 et dont je vous propose l'écoute.


Le Rock étant mort pour certain avec la disparition du King (Elvis Presley pour ceux qui n'auraient pas saisi.) 1977 représente l'apogée du Disco et c'est particulièrement le 14 décembre que tout bascule, la sortie du film d'une génération, Saturday Night Fever est un succès sans précédent, il est classé 24 semaines au top avec 25 million de ventes.
L'entrée dans l'année 1978 est l'emblème du Disco, année de tout les records en matière de vente de disques, les discothèques s’insèrent dans un mode de vie qui se propage à toutes les couches de la société. En effet, jusque là, les boites de nuit étaient "réservées aux gens d'âge moyens et de situation de revenu respectable" (reportage TF1 du 3 novembre 1978 disponible sur l'INA) mais dès l'explosion du Disco, tout le monde veut entrer dans ces endroits de fêtes, de joie et d’exubérance.
La figure de proue de ce phénomène est sans aucun doute le Studio 54, cette discothèque ouverte dès le mois d'avril 1977 à New-York devient le lieu le plus "in" de la ville. Les célébrités se pressent aux portes de cette boite de nuit et certains, des plus importants tels que Mick Jagger et Franck Sinatra se voient refuser l'entrée. Effectivement l'accès au studio 54 se fait à la tête du client, Steve Rubell, le patron de ce lieu mythique veille à ce que seul les gens à la mode, les comédiens, les gens amusants et les mauvais garçons puissent y entrer. Ce dernier cherche à installer une notoriété importante à son bâtiment en acceptant ceux qui "attirent l'attention".
On croise souvent les mêmes personnes comme Bianca, John Travolta et d'autres noms se référant à la mode Disco mais, évènement plus rare et de portée amusante, Liliane Carter la mère de Jimmy Carter alors président du pays. De ce fait, la mode Disco est lancée, certaines boutiques germent et ne vendent que des articles en rapport avec le Disco, chaussures, pantalons, bandanas sont les ustensiles indispensables pour s'identifier au style et les magasins l'ont bien compris. En conséquence, l'industrie du Disco vit son acmé en cette année 1978 avec un recette totale de 22 milliards de francs dont 13 millions uniquement pour le Studio 54 (qui gagne en moyenne 270.000 francs par soirée). Cet intéressant phénomène populaire est perçu différemment suivant  le pays dans lequel on se trouve. Evidemment éprouvée aux Etats-Unis, cette manifestation se popularise bientôt sur tout la planète, cette musique de masse fait irruption sur le marché non-anglophone et touche dès lors l'Europe qui joue un grand rôle dans l'expansion du phénomène.
Est-il nécessaire de rappeler que les producteurs d'un des plus célèbre groupe de Disco - les Village People - étaient français ? Jacques Morali  et Henri Belolo sont donc deux des plus grands producteurs Disco du monde mais il est également nécessaire de préciser que des artistes comme Patrick Hernandez, Patrick Juvet et Cerrone ont un succès international. On peut même conclure que ceux-ci étaient Born to be Alive d'ailleurs, je vous laisse quelques instants avec Patrick Hernandez qui vous l'expliquera mieux que moi :


Les paroles de ce tube l'expliquent assez bien, le Disco est un style de musique dont la joyeuse exubérance s'oppose à la morosité du Rock et de la New/Cold-Wave qui apparaissent dans les mêmes années. Symbole de défoulement dans une période de crise de l'énergie et de tristesse, le Disco se veut forme de remise en question des systèmes de valeurs sous couvert d'une superficialité revendiquée. Pourquoi se chagriner et s'enfermer dans un Rock contestataire et maussade tandis que l'on peut passer son temps à danser et ne pas se soucier de l'avenir ?
Cette philosophie est immédiatement critiquée par les amateur de Rock et de R&B qui réfutent les thèmes chers au Disco tels que la sexualité débridée, la vie de nuit, une androgénie dans le style et une dérision affirmée par le déguisement et le mauvais goût  assumé.
Néanmoins, le Disco prend tellement d'ampleur que certains artistes Rock vont se placer dans cette mouvance. C'est le cas des Rolling Stones avec le tube Miss You ou de Kiss avec leur incontournable I Was Made For Loving You,  touchés par "le grand Satan " ces musiciens sortent des titres de style Disco pour atteindre un public plus large et conquis par le genre au grand dam des rockers.



Cependant, le Disco périclite à partir de 1979. Les causes de cette agonie sont nombreuses et on peut les rassembler en deux catégories.
Tout d'abord par des causes internes aux genre, en effet, la fin des seventies est marquée par une saturation du marché du Disco, trop d'artistes, trop de chansons, le style s'essouffle en partie à cause de la répétition abusive de cette musique que tout le monde cherche à reproduire. L'euphorie Disco lasse et les campagnes anti-disco pointent le bout de leur nez et rapidement, les opposants au Disco développent un discours arguant les dérives d'un style qui détient alors une place hégémonique dans la sphère musicale. Le thème du "Disco Sucks" attire les refoulés du Rock qui s'attaquent aux concepts du Disco. Le point culminant de cette violence envers le Disco est atteint le 12 juillet 1979 à Chicago lors d'un match de Baseball dans l'enceinte du Comiskey Park. Cette date cloue définitivement le ras-le-bol général des anti-disco et se caractérise par un autodafé de vynil lors de la mi-temps du match qui a lieu ce jour là. La Disco Demolition Night s'organise en un festival pyrotechnique relevant d'une volonté décisive de mettre un terme au Disco. Le responsable de cet autodafé fut Steve Dahl, animateur radio à Chicago qui réussit par le biais de son émission à réunir ceux que l'on peut appeler "les Révoltés du Rock". Ces derniers voient en cette réunion anti-disco un moyen de fronde et de relancer par la même occasion un style qui leur est cher, le Rock. Ce mouvement va rapidement se teinter d'une couleur politique extrême, une vague raciste, sexiste et homophobe ravive ce mouvement car selon les anti-Disco, le rôle des Noirs, des femmes et des homosexuels joue une place prépondérante dans le développement de ce style, allégorie de la décadence du pays selon eux.
L'affaire a un retentissement médiatique énorme, Steve Dahl a réussi son coup de pub', tout le monde parle de l'autodafé et la remise en question du Disco est lancée et il est intéressant de noter que le Disco fut le seul genre musical à avoir été autant détesté.
Cette haine envers le Disco entraîne rapidement les représentants de ce style à s'en éloigner, c'est le cas pour Donna Summer qui se tourna vers le Rock avec l'aide de Barbra Steisand et leur EP No More Tears, dont le titre évoque à coup sûr la volonté de mettre fin aux horreurs engendrées par le dégoût du Disco.
L'année 1979 est aussi marquée par le premier disque d'Or acquis par Michael Jackson qui, bien que d'héritage Disco se veut novateur.
Enfin, le retour de la Motown sur le marché s'inscrit dans la lignée de la mort progressive du Disco parallèlement au retour de la soul et du funk.

Il y eut donc des causes internes à la disparition du Disco mais elles n'expliquent pas tout, il faut également se pencher sur les causes externes pour déceler les raisons de la disparition médiatique de ce genre musical.
La désaffection partielle du public se dégage autour de trois points : la morale Reaganienne et sa politique conservatrice, la baisse d'audience des discothèques mais surtout l'apparition du SIDA au début des années 1980 enterrent le genre et les journaux de l'époque ne manqueront pas de signaler que "Disco is Dead".
Enfin, les maisons de disques qui ont pourtant fait leur pain béni grâce au Disco doivent faire face au phénomène de perte d’intérêt envers le Disco et changent leur politique d'investissement Radio. Ces dernières demandent progressivement aux radios de réduire la diffusion des tubes Disco et d’émettre les nouveaux styles musicaux qui s’apprêtent à prendre la place du Disco.



De ce fait le Disco aura été un genre musical éphémère mais il ne convient pas de dire qu'il ne fut qu'une mode passagère. Il suffit de jeter un oeil aux héritiers de ce style pour comprendre que même s'il ne survit pas en tant que tel, le Disco est père de nombreux courants musicaux contemporains.
Dans les années 1980 se déroule un style de Disco nommé Aqua Disco, il naît à Miami et se définit comme étant un mouvement artistique et culturel qui mêle l'Art Deco, esthétique de l'eau et la musique Disco dont les soirées sont gérées par de grands DJ qui ont fait leurs classes à l'ère Disco.
Bien que la population soit retranchée en deux camps, ceux majoritaires qui ont oublié le Disco et qui sont passés à un nouveau courant musical et les autres, les "irréductibles" qui passent leur temps à réécouter les tubes qui ont bercé leur folles nuits d'adolescent en discothèques.
Le Disco évolue rapidement en un nouveau style, le Hi-NRG, sorte de Disco avec une prédominance de synthétiseurs qui deviendra bientôt la musique House née à Chicago et qui devient entièrement électronique, celle que toute les boites de nuits diffusent.
Pourtant l'évolution du Disco n'est pas le seul phénomène de diffusion posthume du genre, la New-Wave se veut influencée par la gaîté Disco, tout comme le sont l'electro-pop, la Dance, la Techno et même le Hip-Hop.
La réédition pas les maisons de disques des tubes Disco entraîne une redécouverte du style voire même une simple découverte pour les plus jeunes et relance alors la mode bien que le Disco ne renaisse pas véritablement de ses cendres, il sera toujours vu comme une musique qui a laissé son empreinte dans la société en tant que genre dans les années 1970 et en tant que source d'inspiration dans les années 1980.
Le Sampling apparaît comme un moyen de faire redécouvrir le Disco et est une composante essentielle du marché de la musique Dance. 
Pour finir, les années 2000 marquent le renouveau du style et un regain d’intérêt pour la musique des années 1970, la "renaissance du Disco" est effective lorsque de grands artistes se lancent dans la mouvance de Disco, c'est le cas de Madonna qui sample un morceau mondialement connu du groupe ABBA pour lancer son nouvel album Confession on the Dancefloor titre qui plus est révélateur d'un héritage Disco tout au long de l'album.
Son premier single Hung Up sample donc le morceau Gimme Gimme de ABBA. Je vous laisse redécouvrir ce morceau qui a fait tant parler de lui à sa sortie. 


De plus de nouveaux artistes investissent la scène du renouveau Disco, c'est le cas des Scissors Sisters et de Mika qui nous font danser chaque été depuis maintenant 5 ans.

On peut donc conclure que bien que le Disco en tant que genre musical n'ait vécu que dans les années 1970 et plus spécifiquement de 1977 (boom de Saturday Night Fever) à 1979 (évènement du Disco Demolition Night) ce style ayant été provisoire fut cependant source d'inspiration pour nombre de style musicaux (New-Wave, electro-pop, Hip-Hop) mais aussi le style musical dont ont découlé la House et la Techno, ces deux styles qui sont aujourd'hui au coeur de toutes les soirée en boite de nuit et que les jeunes perçoivent comme une musique de liberté et de barrière à la morosité ambiante.
Outre le fait d'être passé en discothèque, l'héritage Disco se saisit chaque jour, il n'y a pas une personne qui ne se souvienne d'une chanson Disco en particulier car ce genre est utilisé par de nombreux média comme la télévision, en effet le titre Funky Town des Lipps Inc est employé dans nombre de pubs, de série et de films (oui oui, c'est bien la musique pour la pub Areva) et il n'y a pas une soirée sans le sempiternel Rasputin de Boney M.
Je laisse les derniers mots à ce jeune Yuppie New-Yorkais qui a trouvé les mots justes pour nous prouver que "Disco never Dies". 








mardi 27 décembre 2011

Punk et mouvement politique


Qu’est-ce que le punk ?

Tout d’abord, le mot punk est un mot d’origine anglaise, à sens péjoratif puisqu’il signifie « sans valeur ». S’il s’agit d’un genre de musique, ceci n’est qu’un des moyens d’exprimer l’idéologie punk elle-même, qui se caractérise par la révolte contre les valeurs établies. C’est en effet un mouvement contestataire émergeant au milieu des années 70 qui souhaite s’exprimer de manière assez brute, avec une énergie particulière. Le mouvement punk se veut réellement être synonyme de liberté. Mais le punk, c’est avant tout l’expression de cette culture particulière qu’est la culture punk, et c’est celle-ci qui va donner naissance aux mouvements politiques en rapport avec le punk.

La culture punk

Plus qu’un mouvement musical incarné par les Sex Pistols ou The Clash, le punk est révélateur d’une véritable culture, représentant un nihilisme souvent très affiché. Notamment, ce qui montre clairement les mouvements contestataires et la volonté de se démarquer des autres, en particulier de prendre du recul par rapport à la société de consommation, sont les crêtes iroquoises, apparues seulement au début des années 80, les piercings ou même les tatouages. Les vêtements vendus en masse sont alors entièrement réappropriés, de manière plutôt artistique. Certains sont devenus de véritables symboles : au-delà des coupes extrêmes et très colorées, on trouve aussi de simples épingles à nourrice comme bijoux.

Mais au-delà des tenues vestimentaires, le graphisme des pochettes de disques permettent de faire passer certains messages de lutte politique. L’un des exemples révélateurs de ce mouvement contestataire et très visible, se trouve sur la pochette de Bedtime for Democracy des Dead Kennedys.

Sans même écouter la musique, on voit clairement sur la pochette de ce disque la volonté de dénoncer la société actuelle. En représentant une Statue de la Liberté en larmes, prise d’assaut par toutes les catégories sociales, chacune vacant à ses occupations (boire une bière, récolter un peu plus d’argent encore, ou même faire la guerre) permet de donner la vision punk de la société. Au bas du coin gauche, on peut par exemple voir la balance, supportant tous les médias, encore très légers par rapport à l’argent qu’ils peuvent rapporter. L’hélicoptère de gauche porte une crois gammée, la fusée de la NASA se retrouve dans l’œil de la statue de la statue, dénonçant certainement l’inutilité des avancées technologiques. A droite, un hélicoptère, dont le sigle visible est le dollar, ainsi qu’une inscription « Lies INC », enfonce une énorme seringue dans le bras de la Statue de la Liberté, représentant très certainement les mensonges des médecins suite à la découverte des vaccins.

L’analyse complète de la pochette peut donner lieu à de multiples interprétations, mais on peut conclure, à la vue de cette pochette, que cela dénonce l’étouffement des libertés, symbolisées par la Statue elle-même, par la société entière, qui la dégrade, la mutile, et ceci est notamment visible par l’emprisonnement de toutes les classes plus pauvres dans la tiare ou dans l’épaule de la statue. Le mouvement punk révèle par ce genre de pochettes, tout ce qu’il souhaite dénoncer, et cela donne même lieu à de nombreux mouvements politiques.

Les tendances politiques Punk

Le premier mouvement et le plus important, est étroitement lié à l’idéologie punk. Il s’agit de l’anarchisme, aussi connu sous le nom de mouvement anarcho-punk. Certains punks pensent en effet que seule l’anarchie permettrait d’accomplir leur lutte et d’avoir une vie basée sur le respect mutuel et la liberté de tous. Ce mouvement se développe avec la dégénérescence de la philosophie punk. En effet, certains constatent que le mot Punk a lui-même subi une dégradation commerciale, alors qu’il luttait contre, et ils se réunissent donc autour de l’anarchie pour pouvoir lutter contre ce phénomène.

Néanmoins cette tendance politique n’est pas la seule à exister. On constate que certains punks ont une vision minimaliste de l’Etat. Cela se caractérise par la volonté de rendre l’Etat minimal. Ainsi, dans ce courant, on retrouve la notion de libertés individuelles et d’Etat, qui ne sont pas contradictoires.

On peut également observer un courant antiautoritaire, qui est persuadé que ce sont les différentes autorités, telles que la police, le clergé, le gouvernement ou les militaires, qui poussent les gens aux extrêmes.

Enfin, un mouvement dit politique mais qui n’avait lieu que pour choquer d’avantage ou remplir les salles de concerts : le nazi-punk. Il s’exprime par l’évocation d’une haine raciale identique à celle des nazis, notamment dans les textes des chansons. Pourtant, l’idéologie punk de base est plutôt proche de la gauche, ce qui rend cette idéologie incompatible avec le nazi-punk. Ainsi, ce mouvement n’était autre qu’une sorte de provocation par un moyen autre que le style vestimentaire ou les pochettes de disque.

Finalement, l’idée principale que l’on peut trouver derrière le punk est un anticonformisme notoire. La volonté des punks est de se démarquer des autres pour être d’autant plus visibles lorsqu’ils prônent les différentes libertés personnelles. Tout le mouvement punk est basé sur la volonté de choquer, et l’opposition à la société de consommation. Il ne faut cependant pas généraliser à l’ensemble des punks, puisque certains sont tout à fait conservateurs. En effet, Johnny Ramone des Ramones a soutenu publiquement George W. Bush.


mercredi 21 décembre 2011

Les spécificités du groupe Magma en France dans les années 70.


« C'est parce que Coltrane meurt que Magma nait », dit un journaliste lors d'une interview de Christian Vander en 2005. Le leader est alors à la tête de Magma depuis plus de trente-cinq ans. Le jazzman John Coltrane est incontestablement l'idole de Christian Vander, et c'est suite à sa mort que Magma va apparaître. Ainsi, le groupe nait en 1969 à l'initiative de celui qui sera toujours considéré comme leader du groupe bien qu'il refuse ce titre (se disant toujours « à l'intérieur d'un groupe »).
Christian Vander est le fils du jazzman Maurice Vander (pianiste de Claude Nougaro), il côtoie donc très tôt le monde du jazz. C'est néanmoins grâce à sa mère, mélomane, qu'il rencontre très tôt de grands jazzman, comme Elvin Jones (le batteur de John Coltrane), Kenny Clarke ou Chet Baker qui lui offre sa première batterie. C'est à 13 ans qu'il découvre la musique de John Coltrane qui restera une influence majeure de toute la carrière de Christian Vander et donc de Magma, qu'on définit comme un groupe de jazz et de musique contemporaine. On reconnaît cette influence du jazz dans son utilisation des claviers, dans la place pivot que prend la batterie, ou même dans les expressions vocales qui rappellent le scat. Mais Christian Vander n'est pas sous la seule influence jazz de Coltrane, il écoute en effet beaucoup de musique classique (notamment Le sacre du printemps de Stravinski, ou encore Wagner), de la soul (Marvin Gaye, Ray Charles). Toutes ces influences différentes se mélangent pour donner le style particulier de la musique de Magma.
La mort de Coltrane en 1967 bouleverse Vander (« pour moi, c'est toute ma vie qui s'arrêtait »), qui part s'exiler en Italie où il joue dans différents clubs pendant un temps. Il fait ainsi le deuil de Coltrane pendant deux ans, avant de rentrer en France. Il quitte donc Turin en 1969 et rentre à Paris où il est contacté par Laurent Thibault, avec qui il fonde Magma. Le groupe est alors composé de Vander à la batterie (il a d'ailleurs la particularité d'utiliser une grosse caisse de 18 pouces et de placer des cymbales derrière lui), Thibault aux claviers, Francis Moze à la basse, Zabu au chant et René Garber au saxophone. Cependant certains vont vite être remplacé: Teddy Lasry remplace Garber, et Klaus Blasquiz (un des piliers du groupe) remplace Zabu. Viennent aussi s'ajouter Claude Engel (guitariste, flutiste) et Francois Cahen aux claviers qui remplace Thibault, celui ci étant partit fin aout 1970 suite à un différend avec d'autres membres du groupe.
Magma commence ainsi à enregistrer son premier album, Kobaia, fin avril 1970.
Tout s'enchaine alors rapidement: le 22 mai, le groupe donne son premier concert et le 19 juin ils apparaissent pour la première fois à la télévision dans l'émission « Discorama » de Denise Glaber.
Premier concert:

C'est un dimanche midi, heure de grande écoute, et Magma est vite remarqué: c'est la naissance du Zeuhl, genre musical auquel donne naissance Magma et dont nous reparlerons plus loin. Dés cette époque Magma est suivit par toute une troupe de fan, qui donneront véritablement naissance au mythe de Magma. Si ce groupe choque par son austérité, c'est parce qu'il se place en décalage avec l'univers musical de la France des années 70. En effet, la musique de magma est quasiment révolutionnaire dans une époque encore dominée par la culture hippie (le groupe est crée l'année du festival de Woodstock en 1969) où les couleurs prédominent et où le mot d'ordre est « flower power », par la culture yé-yé depuis 1962 et par la culture rock énergique. Magma se place en contre-culture, dans une attitude de rupture totale avec les clichés du moment, avec une volonté de répondre à la manière dont évolue la musique à l'époque, à la prédominance anglo-saxonne. Christian Vander disait ainsi que la majorité des groupes français écoutaient du rock sans savoir véritablement d'où cela venait, quelles étaient ses origines (jazz en l'occurrence). Le psychédélisme de Magma surprend, fait même peur, mais attire. Vander dit lui même « L'idée c'était de réveiller les gens », « on ne voulait pas d'effets gratuits, on voulait du silence, que la musique passe ».
Magma, c'est aussi une plaque tournante pour de jeunes musiciens, qui ne jouent pour certains qu'une courte durée avec le groupe. Ainsi entre 1969 et les années 1980, plus d'une cinquantaine de musiciens participent aux formations de Magma. Certains étaient l'élite du jazz français comme Jannick Top, Dider Lockwood (le violoniste qui intègre le groupe en 1973) ou Yochk'o Seffer (qui n'a été membre de Magma qu'en 1971 et 1972), d'autres de jeunes musiciens.
Au début des années 80, Magma prend un virage particulier. Le groupe part à la conquête d'un public plus large avec des compositions plus abordables et des costumes plus colorés. Vander dit aujourd'hui qu'il n'était pas d'accord avec cela.
Après le succès du premier album, Magma enchaine les suivants: 1001° Centigrades en 1971, Mekanik Destruktiw Kommandoh (l'album le plus connu du groupe) en 1973, Kohntarkosz l'année suivante et Attahk en 1978. Les noms de ces albums sont tirés de la langue propre à Magma, le Kobaien, dont on parlera un peu plus loin.
Le groupe ne produit pas d'album en 1972, mais il engage le manager Giorgio Gomelsky et apparaît dans le film de Jean Yanne « Moi y'en a vouloir des sous ».
Extrait du film
C'est en 1973 avec l'arrivée de Jannick Top (véritable élément moteur) et la sortie du 3e album que Magma accède au rang international. Le groupe participe notamment au festival de Newport et Christian Vander rencontre l'un de ses maitres: Elvin Jones. A partir de 1973 le groupe se produit aux Etats Unis et dans toute l'Europe. Ainsi dans les années 70, lorsqu'on demandait à David Bowie, Mick Jagger ou Jeff Beck de citer un musicien français, c'était le nom de Christian Vander qu'ils citaient.
« Magma irrite ou fascine par la puissance symbolique et mystique d'un univers aux relents ésotériques », il dérange à cause de sa musique parfois violente et de l'atmosphère pesante qui s'en dégage. Mais Magma fascine aussi par la personne même de son leader: grand batteur qui s'impose par la rapidité des frisés et l'art du contre-temps, compositeur inventif et presque « gourou » du groupe.
Ainsi Magma apparaît comme un groupe en rupture avec son temps, avec un univers totalement marginal. Mais justement, qu'est ce qui fait que cet univers, dont on parle depuis le début, est en rupture avec le contexte musical des années 1970 ?
Il convient de décomposer cet univers particulier et d'en dégager les trois composantes principales, afin de montrer que chacune d'elles est en rupture avec son temps.

La première composante qui fait de Magma un groupe en rupture avec la période, c'est son univers visuel. Le groupe possède en effet une vraie identité esthétique. Lorsqu'on pense à Magma, on pense à ce célèbre logo:
 
Ce fameux symbole acéré a été dessinée par Marie-Joseph Petit, la sœur de Laurent Thibault, qui a également réalisé la maquette de la pochette avec le nom Magma écrit dans un style particulier qui sera à l'avenir la marque du groupe.



Kobaia (1er album)

La griffe de Magma (cf. pochette du premier album ci-dessus) a été dessinée au dernier moment, et même si Christian Vander n'a pas aimé, il n'y avait plus le temps d'en changer.
Selon Christian Vander, alors que le logo « peace and love » représente la mort (ce symbole correspond en effet à une ancienne rune scandinave qui symboliserait la mort), l'emblème de Magma est un symbole solaire qu'on peut lire dans plusieurs sens selon l'éclairage. A partir de ce logo, Vander imagine un collier en plastron, en lamelle articulée qu'on peut ici voir au coup de Vander au premier plan:



Dans la ligne du premier album, les suivants auront tous ce style particulier de Magma, cet univers mystique. Ainsi pour 1001° Centigrades, la pochette de l'album conserve le style d'écriture et le logo, mais rajoute de la couleur: des couleurs chaudes (rouge, jaune) qui symbolise l'explosion, comme l'éruption volcanique de magma, en corrélation avec le titre de l'album:
Chaque album a une identité propre, une unité. Ainsi pour le 3e album, la pochette est plus sobre: